La prestation compensatoire


La décision de fonder un foyer, prise dans l’allégresse, s’est avérée déterminante pour certains choix de l’existence, qui vont être pris parfois avec beaucoup d’insistance du conjoint,  dans lesquels on peut identifier quelques exemples courants :

  1. l’arrêt des études : un des époux, encore dans ses études, décide de les arrêter avant le diplôme espéré, pour se consacrer à la vie de la famille
  2. l’arrêt de la carrière : un époux, salarié, avec devant lui des perspectives de carrière, dans le privé ou le public, décide de quitter son emploi considérant que son conjoint peut subvenir aux besoins du couple
  3. le déménagement : pour suivre la carrière d’un époux obligé professionnellement à des mutations, le conjoint ne peut suivre un emploi ou une carrière
  4. le déclassement : un emploi d’exécution subalterne est accepté, pour des raisons familiales, de proximité du foyer, de temps partiel, sans considération des vraies perspectives professionnelles de l’intéressé
  5.  l’activité en dépendance : secrétaire de son conjoint artisan, épouse d’agriculteur, etc
  6. le choix de ne pas travailler pour un professionnel indépendant, un artisan, une profession libérale, de ne pas rechercher d’emploi pour un chômeur

Ces décisions ont au moment de se séparer des conséquences lourdes  économiquement, sur les ressources immédiates, mais aussi sur les droits à retraite ou les coûts d’une affiliation tardive à un régime complémentaire de sécurité sociale.
Certaines autres décisions, qui relèvent aussi de l’économie générale de la famille, comme de ne pas financer l’achat du domicile conjugal et rester locataire,  demeurer astreint à des trajets importants, supporter des emprunts disproportionnés pour des biens périssables, faire des placements pour des raisons fiscales dont le bénéfice disparaît avec le divorce, peuvent avoir des conséquences graves sur les époux qui se séparent
Celui qui se retrouve en difficulté parcequ’il s’était investi dans la vie de la famille au détriment de son parcours professionnel et économique personnel va pouvoir demander une prestation compensatoire, destinée à compenser non pas à mon sens comme il est dit et écrit un peu partout la disparité des niveaux de vie des époux après la séparation, puisque désormais étrangers ils n’ont pas à se nourrir l’un l’autre, mais le dommage subi du fait de l’engagement de son destin dans la vie du couple et les conséquences économiques de ces choix.
Une loi récente, motivée par une volonté politique non de résoudre les drames familiaux mais exclusivement de générer des rentrées fiscales, a encouragé le versement de la prestation en capital immédiat ou en nature, de bien immobilier le plus souvent, sans empêcher la constitution d’une rente, avec une indication sur un maximum de huit ans, mais la possibilité de rente plus longue et même viagère.
La prestation compensatoire doit être présentée et étudiée avec beaucoup de soin, tant afin d’en faire prononcer une, que d’obtenir un montant suffisant et des modalités efficaces, sans oublier les incidences fiscales.
Il faut retrouver toutes les justifications, reconstituer les carrières, prévoir les retraites, estimer les biens.
Les concours du Notaire et parfois de l’Expert Comptable sont précieux dès la formation de la demande, et permettent de la justifier et même, ce qui est encore mieux, de la discuter et de la faire admettre par l’autre partie en négociant avec elle et son Avocat.
En présence d’enfants du couple, la prestation compensatoire ne doit pas être vécue comme un handicap vis-à-vis des besoins financiers pour leur éducation.
Il n’y a pas de barême pour fixer les prestations compensatoires, et le Magistrat tiendra compte des éléments que les parties lui livreront, et de la jurisprudence en général, cependant son avis est libre et il convient de bien documenter le dossier. Un tableau édité par la Chancellerie lui permet de calculer les pensions pour les enfants, et surtout de ne pas oublier de chapitre des charges à considérer, mais il n’y a aucune règle de trois qui donne automatiquement un chiffre.
On voit très souvent des justiciables redouter le montant des honoraires des Avocats, alors que les intérêts en jeu pour la prestation compensatoire sont d’une autre échelle.